Koh Tao, l’île de la tortue : la plongée à petit prix, l’accès à préparer

Dans le golfe de Thaïlande, à une petite heure de bateau des grandes plages de Koh Samui, il existe une île qu’aucun avion ne dessert. On y arrive forcément par la mer, et c’est précisément ce qui en a fait, depuis les années 1980, un port d’attache pour les plongeurs du monde entier. J’ai posé mon sac à Mae Haad un matin de saison sèche, à l’aube des années 2010, avec pour tout viatique un carnet de terrain et la curiosité du géographe pour ces bouts de côte que les cartes touristiques survolent trop vite.

Une île sans aéroport, entre Chumphon et Koh Phangan

Koh Tao occupe 21 km² dans le golfe de Thaïlande, à environ 70 kilomètres des côtes continentales de Surat Thani et Chumphon, 45 kilomètres au nord de Koh Phangan et 60 kilomètres au nord de Koh Samui. Sa population permanente, de l’ordre de 1500 à 2000 habitants, se concentre sur la frange côtière ouest, laissant un intérieur vallonné et boisé quasiment vide. Contrairement à ce que l’on pourrait attendre d’une destination aussi fréquentée, l’île entière se parcourt à pied en moins d’une heure d’un bout à l’autre. Une échelle qui rappelle, toutes proportions gardées, la promenade d’une rive à l’autre d’un petit lac romand plutôt qu’un territoire à conquérir en voiture.

Vue aérienne de l'île de Koh Tao dans le golfe de Thaïlande
Vue aérienne de l’île de Koh Tao dans le golfe de Thaïlande

Trois portes d’entrée, toutes par la mer

L’absence d’aéroport oblige à composer avec le ferry, et le choix de l’itinéraire dépend surtout du point de départ en Thaïlande.

Départ Durée Prix indicatif
Chumphon (train de nuit depuis Bangkok, 8-9h) 1h30 de ferry environ 22 CHF le trajet en mer
Koh Phangan environ 1h équivalent 22 à 26 CHF
Koh Samui environ 1h45 équivalent 22 à 26 CHF
Surat Thani (bus + bateau) 3 à 4h pour 70 km variable selon combiné

Je recommande, pour qui vient de Suisse romande, de prévoir une marge d’une journée entière autour de la traversée : les correspondances entre train de nuit, bus et bateau ne pardonnent pas les retards, et rater un ferry sur une île sans piste d’atterrissage signifie souvent perdre vingt-quatre heures.

L’île de la tortue : une histoire plus dense qu’il n’y paraît

Le nom de Koh Tao renvoie à la silhouette de tortue que dessine son relief vu de la mer, une lecture du paysage que l’on retrouve sur d’anciennes cartes européennes où l’île apparaît sous le nom de Pulo Bardia. En 1899, le roi Rama V y fit halte, un épisode que les habitants continuent de citer comme un jalon fondateur. Entre 1933 et 1947, l’île servit de lieu de détention pour des prisonniers politiques, une page méconnue qui contraste avec son image actuelle de sanctuaire balnéaire. C’est en 1947 que deux frères, considérés comme les premiers colons permanents, s’y installent durablement ; il faudra ensuite attendre les années 1980 pour que les premiers visiteurs occidentaux, puis les écoles de plongée, transforment progressivement l’économie agricole de l’île.

Plongée sous-marine sur un récif corallien à Koh Tao
Plongée sous-marine sur un récif corallien à Koh Tao

L’île a aussi été associée, dans la presse, à plusieurs affaires touristiques médiatisées depuis le début des années 2010. Sans minimiser ces épisodes, je note que la fréquentation annuelle, de l’ordre de 350 000 visiteurs, et la densité des écoles de plongée établies depuis des décennies dessinent une réalité quotidienne bien plus tranquille que ce que ces faits divers isolés laissent supposer.

La plongée, raison d’être de l’île

Koh Tao s’est imposée comme l’un des endroits au monde où se former à la plongée coûte le moins cher au regard de la qualité de l’encadrement. Une certification PADI Open Water, réalisée en trois à quatre jours, se négocie généralement entre 9800 et 11 000 bahts, soit l’équivalent d’environ 300 à 340 francs suisses selon le taux de change. Les sites emblématiques, comme le Chumphon Pinnacle à une dizaine de kilomètres au nord-ouest ou le Sail Rock qui descend jusqu’à 18 mètres, abritent une biodiversité corallienne dense : on recense dans ces eaux plus de 130 espèces de coraux durs et plus de 220 espèces de poissons de récif. Entre mars et mai, les requins-baleines s’approchent parfois de ces mêmes pinacles, un rendez-vous que rien ne garantit mais que guettent chaque saison les moniteurs les plus expérimentés.

Koh Tao, dit l’île de la Tortue. Petite île dans le golfe de…

Ce qui surprend le voyageur habitué aux lacs suisses, c’est le rythme des marées dans le golfe de Thaïlande. Sur le Léman ou le lac de Neuchâtel, l’eau ne bouge pas au fil des heures ; à Mae Haad, le ponton principal se découvre partiellement à marée basse, et les longtails, ces bateaux-taxis traditionnels à la proue effilée, ajustent leurs horaires en conséquence. J’ai noté dans mon carnet que cette respiration marine, presque imperceptible pour qui n’y prête pas attention, conditionne pourtant les départs des écoles de plongée le matin, un détail que les guides mentionnent rarement, alors qu’il explique bien des attentes sur le quai.

Quand partir, où dormir, comment circuler

La période de décembre à mars offre la meilleure visibilité sous-marine, autour de 20 à 30 mètres, pour des températures de l’ordre de 26 à 30°C. Les mois d’avril à juin grimpent souvent à 33-35°C, tandis qu’octobre et novembre concentrent l’essentiel de la mousson : c’est la fenêtre que j’évite systématiquement de recommander pour un premier séjour.

Localisation de Koh Tao dans le golfe de Thaïlande

Pour se loger, trois zones structurent l’île : Sairee, la plus animée avec sa plage de près de 1,8 kilomètre ; Mae Haad, plus pratique pour les arrivées en ferry ; et Chalok Baan Kao, plus calme, adaptée aux familles. Les tarifs vont d’environ 15 à 30 francs suisses la nuit pour une guesthouse simple à 60-120 francs pour un établissement de standing. Sur place, le scooter reste le moyen de déplacement le plus courant, autour de 8 à 11 francs suisses par jour ; je recommande, comme on le ferait avant toute location de véhicule, de photographier systématiquement l’état de la carrosserie avant de signer, les litiges à la restitution n’étant pas rares.

Reste une question que je me pose à chaque retour de voyage insulaire : préfère-t-on la régularité rassurante d’un lac sans marée, ou cette respiration tropicale qui oblige à composer avec l’horaire de la mer plutôt qu’avec celui de la montre ?