La première fois que j’ai gravi la route qui serpente depuis la gare de Sintra jusqu’à la Serra, en 2019, j’avais en tête le mot « château » et je me suis retrouvé, quarante minutes plus tard, devant une façade jaune et rouge qui ressemblait davantage à un décor d’opéra qu’à une forteresse. C’est la confusion la plus fréquente chez qui tape « château de Sintra » dans un moteur de recherche : le monument que tout le monde imagine, avec ses tourelles bulbeuses et ses couleurs de conte, n’est pas un château mais un palais. Le vrai château, lui, existe aussi, un peu plus haut sur la même colline, et il n’a rien à voir.
Château ou palais ? Ce que recouvre vraiment Sintra
Sintra n’a pas un seul monument mais plusieurs, et le vocabulaire portugais distingue ce que le français mélange volontiers. Le Palácio da Pena (Palais de Pena) est un palais résidentiel du XIXe siècle. Le Castelo dos Mouros (Château des Maures) est, lui, un authentique château fortifié. À cela s’ajoutent le Palais National de Sintra, dans le centre-ville, la Quinta da Regaleira avec son puits initiatique, le Palais de Monserrate et ses jardins, le discret Palais Biester et, un peu à l’écart, le Palácio de Queluz. L’ensemble du paysage culturel de Sintra est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1995, ce qui explique la densité de monuments sur un territoire finalement assez resserré.

Pourquoi cette confusion perdure
Elle vient en grande partie de l’image : les tourelles colorées de Pena évoquent l’univers du conte de fées bien plus que les remparts austères d’un vrai château médiéval. Les moteurs de recherche renforcent l’ambiguïté, puisque la requête « château de Sintra » ramène presque toujours en premier des pages consacrées au Palais de Pena, rarement au Castelo dos Mouros.
Le Palais de Pena, la silhouette qui fait dire « château »
L’histoire de Pena commence par une ruine. Un monastère y avait été fondé au XIIe siècle sous le roi Manuel I, avant d’être en grande partie détruit par le tremblement de terre de Lisbonne en 1755. Il aura fallu attendre 1838 pour que Ferdinand II, tout juste marié à la reine Maria II en 1836, rachète ces ruines et y fasse construire, jusqu’en 1885, le palais que l’on visite aujourd’hui. Un mélange assumé de styles mauresque, gothique et manuélin, planté sur un domaine boisé qu’il fit lui-même aménager sur environ 85 hectares.

Ce que coûte et prend la visite
Le billet combiné palais et parc se règle sur place en euros, pour un montant qui tourne autour de 19 à 20 francs pour un adulte au change courant, et un peu moins pour les jeunes et seniors. Le parc seul, sans l’intérieur du palais, revient à une dizaine de francs. L’entrée reste gratuite pour les enfants de moins de cinq ans. Il faut compter au minimum trois heures sur place, dont 45 à 60 minutes pour la seule visite intérieure du palais, sachant que l’accès à celui-ci se fait par créneau horodaté de trente minutes qu’il vaut mieux réserver plusieurs jours à l’avance en haute saison.
Le Château des Maures, l’autre visage de la colline
À une quinzaine de minutes de marche du palais, les remparts du Castelo dos Mouros datent du IXe siècle et n’ont pas grand-chose à voir avec le romantisme de Pena. On y monte pour le panorama, pas pour l’ornementation : les chemins de ronde en pierre sèche, souvent glissants après la pluie, offrent une vue dégagée sur la Serra et, par temps clair, jusqu’à l’Atlantique. C’est un site plus sportif, moins encombré de mobilier historique, qui plaît aux visiteurs venus pour la géographie du lieu autant que pour son passé. Le billet démarre autour de 16 francs, et les avis laissés en ligne saluent régulièrement la qualité du point de vue plus que le confort de la visite.
Organiser l’accès depuis Lisbonne
Depuis Genève, un vol vers Lisbonne prend un peu moins de trois heures ; de là, le train régional relie la gare de Rossio à celle de Sintra en environ quarante minutes, à une cadence largement suffisante pour ne pas avoir à réserver de créneau de train, contrairement à ce que l’on connaît chez nous avec certains trains grandes lignes CFF. Depuis la gare de Sintra, le bus touristique 434 dessert le centre historique puis grimpe jusqu’aux abords du Château des Maures et du Palais de Pena, pour un forfait valable 24 heures autour de 9 à 10 francs. Une navette interne, payante séparément (environ 4,30 francs l’aller-retour), permet ensuite de rallier le palais depuis l’entrée du parc sans marcher.
Ce qui frappe, en observant le plan du domaine, c’est que la Serra de Sintra fonctionne un peu comme un réservoir climatique : les brumes atlantiques s’y accumulent, la végétation y retient une fraîcheur qu’on ne retrouve pas ailleurs sur la côte à cette latitude, et c’est cette humidité concentrée qui explique pourquoi la cour portugaise en a fait, durant près de cinq siècles, sa résidence d’été plutôt qu’un simple lieu de villégiature. Comprendre ce mécanisme géographique aide à relativiser un désagrément fréquent : les pavés glissants et l’air parfois lourd ne sont pas un hasard, mais la signature d’un microclimat que les souverains recherchaient précisément pour fuir la chaleur de Lisbonne.
Un dernier point mérite d’être signalé : plusieurs plateformes de revente non officielles facturent des commissions sur des billets qui restent, au tarif affiché sur le site du gestionnaire officiel du parc, nettement moins chers. Passer par la billetterie officielle évite ce surcoût et garantit surtout que le créneau horaire correspond bien à celui affiché.
Combien de temps prévoir, et pour qui
Avec une seule journée sur place, la plupart des visiteurs doivent trancher entre Pena et le Château des Maures, les deux étant difficilement combinables avec un troisième site sans se presser. Une famille avec de jeunes enfants trouvera dans le parc de Pena un cadre plus confortable, avec ses allées ombragées et son rythme de visite modulable ; un marcheur habitué aux sentiers du Club Alpin Suisse appréciera davantage l’ascension plus rude vers le Château des Maures. Qui dispose de deux jours peut ajouter la Quinta da Regaleira et son puits initiatique de neuf niveaux, à environ 14 francs l’entrée, pour une demi-journée supplémentaire.
Dans mes carnets de terrain, la page consacrée à Sintra reste l’une des plus raturées : j’y ai noté trois itinéraires différents avant de me décider. Reste une question ouverte, propre à chaque voyageur : vaut-il mieux consacrer sa seule journée à un monument que l’on prend le temps de vraiment habiter, ou fractionner sa visite entre plusieurs sites au risque de tout survoler ?