Chaque fois qu’on me demande conseil pour un premier voyage en Finlande, je pose la même question en retour : préférez-vous les nuits blanches ou les nuits noires traversées d’aurores vertes ? C’est bien là que se joue tout le reste : le pays change de visage entre juin et mars, au point qu’on pourrait croire à deux destinations différentes. J’y suis allé à deux reprises, une fois en plein été, une fois en plein hiver, et je n’en ai jamais gardé le même carnet.
Helsinki, la Laponie, les lacs : trois Finlande en une seule
La première chose qui frappe sur une carte, c’est l’étirement du pays : près de mille kilomètres séparent la capitale du Grand Nord. Helsinki, au sud, ressemble à une capitale scandinave classique, architecture soignée, musées comme le Kiasma, et la forteresse de Suomenlinna posée sur son île, accessible en ferry depuis le port. On y passe deux ou trois jours agréables, sans jamais sentir la Finlande profonde.
La région des Mille Lacs, l’intermédiaire méconnu
Entre Helsinki et la Laponie, il y a une Finlande qu’on traverse souvent trop vite : la région des Mille Lacs, autour du lac Saimaa. C’est là que j’ai compris pourquoi les Finlandais parlent de leur pays comme d’un territoire d’eau plus que de terre. Les parcs nationaux de Repovesi ou de Linnansaari offrent des sentiers de randonnée bordés de rochers polis par les glaciers, et des nuits en chalet au bord de l’eau, loin de toute agitation. Contrairement à ce que l’on trouve chez nous dans l’Oberland bernois, le relief y est plat, presque discret, c’est l’étendue, pas l’altitude, qui impressionne.
Rovaniemi et Ivalo, les deux portes de la Laponie
Plus au nord, Rovaniemi s’est construite une réputation bien au-delà de ses frontières grâce au village du Père Noël, installé juste sur le cercle polaire arctique. Ivalo, plus discrète, ouvre sur une Laponie plus sauvage, celle des rennes en liberté et de la culture Sami, toujours bien présente dans le nord du pays. Le choix entre les deux dépend surtout de ce qu’on cherche : une Laponie accessible et familiale pour Rovaniemi, une Laponie plus reculée pour Ivalo.
Que faire selon la saison choisie
C’est la question qui structure tout le reste du voyage, bien plus que le choix de la ville.
L’été, le soleil qui ne se couche jamais
De juin à août, la Finlande vit sous un jour quasi permanent, surtout au-delà du cercle polaire où le soleil de minuit ne disparaît pas. C’est la saison des forêts boréales, de la pêche sur les lacs, de la randonnée sans contrainte d’horaire, et des terrasses d’Helsinki qui s’animent tard le soir. Les baies sauvages, myrtilles, airelles, couvrent les sous-bois, et on les retrouve sur toutes les tables.
L’hiver, la neige et les aurores
De décembre à mars, le pays bascule dans l’autre extrême : nuits longues, paysages enneigés, et surtout la possibilité d’observer les aurores boréales, particulièrement en Laponie où l’obscurité et l’éloignement des lumières urbaines jouent en leur faveur. C’est aussi la saison du traîneau à chiens, de la motoneige et du ski, avec une neige qui tient durablement dans le nord.
Le sauna, un fil conducteur toute l’année
Qu’on voyage en été ou en hiver, le sauna reste une pratique sociale et quotidienne, pas un luxe réservé aux spas. On le trouve dans les chalets, au bord des lacs, parfois suivi d’un bain dans l’eau froide même en plein hiver. Un habitant d’Ivalo me l’avait résumé simplement : « Ici, le sauna n’est pas un soin, c’est une habitude, comme boire un café. »
Choisir son format de voyage
Au-delà de la destination, le format compte autant : séjour fixe, circuit accompagné, autotour ou voyage sur mesure ne répondent pas aux mêmes besoins.
Autotour et road trip, pour l’autonomie
L’autotour convainc les voyageurs qui veulent garder la main sur leur rythme, en particulier dans la région des lacs où les routes sont dégagées et bien entretenues. Il demande en revanche une bonne anticipation des distances : compter plusieurs heures de route entre le sud et la Laponie, ce qui pousse souvent à combiner la voiture avec un vol intérieur ou un trajet en train de nuit.
Circuit accompagné et voyage sur mesure
Pour un premier séjour, surtout en hiver où la logistique (équipement, accès aux excursions neige) se complique, un circuit accompagné ou un voyage construit sur mesure avec un conseiller simplifie beaucoup de choses. C’est aussi la formule qui convient le mieux aux familles avec jeunes enfants, où l’improvisation pèse davantage.
La façon dont un voyage en Finlande se construit tient presque du mécanisme une fois qu’on a choisi la bonne porte d’entrée : la saison détermine la région, la région détermine le format de déplacement, et le format détermine les activités réellement accessibles. On part en octobre plutôt qu’en février, une période creuse entre les deux saisons fortes, et tout se dérègle, avec des aurores encore incertaines et une neige pas toujours au rendez-vous. Mieux vaut le savoir avant de réserver que le découvrir sur place.
Préparer concrètement son départ
Les ressortissants de l’Union européenne voyagent avec une simple carte nationale d’identité ou un passeport en cours de validité, la Finlande appartenant à l’espace Schengen, pas de visa à prévoir pour un séjour touristique. La monnaie est l’euro, ce qui simplifie les choses depuis la Suisse romande habituée à jongler avec plusieurs devises en voyage ; les cartes bancaires suisses passent presque partout, mais je garde toujours un peu de liquide pour les petits marchés ruraux du nord, où les terminaux ne sont pas systématiques. Le décalage horaire reste léger, une heure de plus qu’en France, donc sans réel effet sur le rythme du voyage.
Côté équipement, la différence se joue surtout sur les couches : en été, de quoi se couvrir le soir malgré la lumière continue ; en hiver, un vêtement technique capable de tenir face au froid sec du nord, bien plus mordant que l’humidité qu’on connaît en Suisse romande en janvier. Je garde dans mes carnets une note simple : l’été finlandais se vit dehors du matin au soir, l’hiver se vit par fenêtres d’activité courtes et intenses, entre deux passages au chaud. Deux voyages, deux rythmes, et peut-être, un jour, l’envie des deux.