Chaque année, je reçois deux ou trois questions de lecteurs romands qui préparent leur premier road-trip islandais et hésitent devant le formulaire de réservation : citadine ou 4×4, franchise standard ou protection gravier, aéroport ou centre-ville. J’ai loué mon premier véhicule à Keflavik en 2016, pour un tour de la Route 1 en dix jours, puis j’y suis retourné en 2022 pour explorer les pistes des Hautes Terres. Les deux expériences n’ont rien à voir, et c’est précisément ce qui rend le choix du véhicule plus subtil qu’un simple réflexe de prudence.
Le vrai critère : votre itinéraire, pas la réputation du pays
L’Islande a la réputation d’exiger un 4×4 en toute saison, une idée reçue qui pousse beaucoup de voyageurs à surpayer leur location. En réalité, la Route 1 (le Ring Road, ou hringvegur en islandais, qui boucle l’île sur environ 1 330 kilomètres) est goudronnée sur la quasi-totalité de son tracé et parfaitement accessible en citadine ou en berline compacte de mai à septembre. J’ai parcouru le sud de l’île, de Vík à Höfn, au volant d’une petite Yaris sans jamais quitter le bitume.

La donne change radicalement dès que l’on quitte cet axe principal pour rejoindre les Hautes Terres. Les F-roads (F pour fjall, montagne) sont des pistes non goudronnées, souvent traversées de gués, réservées par la loi islandaise aux véhicules 4×4. Un loueur ne vous laissera pas y engager une citadine, et votre assurance ne couvrirait de toute façon aucun incident survenu sur ces tronçons avec un véhicule non homologué. Les routes 862 et 864, qui mènent vers les environs de Vatnajökull, en sont des exemples typiques : praticables seulement l’été, et fermées le reste de l’année.
Camping-car : une option à part
Pour les séjours de plus de deux semaines, le camping-car séduit par la liberté qu’il offre sur les emplacements de camping islandais, nombreux et équipés même dans des localités modestes. Le compromis porte sur le gabarit : un véhicule de cette taille rend certaines pistes de montagne impraticables et consomme davantage sur les longues lignes droites du sud-est, où les stations-service s’espacent parfois sur plus de 80 kilomètres.
Les assurances spécifiques à l’Islande, souvent ignorées ailleurs
C’est le point sur lequel les pages des grands loueurs internationaux restent les plus évasives. La franchise standard, ou CDW (Collision Damage Waiver), couvre les dommages de collision classiques mais exclut presque systématiquement trois risques propres au terrain islandais.

Gravier, sable et cendres : trois protections distinctes
La gravel protection couvre les impacts de gravillons projetés par les véhicules croisés sur les routes non asphaltées, très fréquentes hors de la Route 1. Un pare-brise étoilé est presque un rite de passage pour qui s’aventure sur les pistes secondaires. La sand and ash protection, elle, concerne les zones volcaniques du sud, où le vent peut soulever du sable noir abrasif capable de rayer la carrosserie en quelques minutes. Ces deux garanties s’ajoutent généralement à la franchise de base moyennant un supplément journalier, et je les recommande dès que l’itinéraire sort du strict Ring Road estival.
Le vent mérite une mention à part : les portières de véhicules de location islandais s’arrachent chaque année sous des rafales que rien, en Suisse romande, ne prépare à anticiper. La règle de base, répétée par les loueurs sur place, consiste à toujours tenir la portière d’une main en l’ouvrant et à ne jamais la lâcher face au vent.
Comparer les loueurs : réseau international ou agence locale
Europcar, Sixt, Avis et Hertz disposent tous d’un comptoir à l’aéroport de Keflavik, à quelques minutes à pied du terminal, ainsi que d’agences à Reykjavik. Leur argument commun est la disponibilité d’une assistance routière permanente et d’un parc de véhicules récents, un vrai atout quand on découvre les routes islandaises pour la première fois. Sixt propose une restitution flexible par boîte à clés, utile pour un vol matinal, tandis que d’autres loueurs internationaux misent sur des alertes SMS en cas de tempête annoncée : un service que j’ai trouvé rassurant lors d’un coup de vent soudain près de Kirkjubæjarklaustur.
Les agences islandaises locales, moins connues depuis la Suisse, pratiquent souvent des tarifs plus serrés sur les citadines et connaissent finement les particularités régionales, mais leur réseau d’assistance est parfois moins étoffé en dehors de la capitale. Pour un premier voyage, le compromis le plus sûr reste un loueur international avec comptoir à Keflavik ; pour un habitué revenant explorer une région précise, une agence locale à Akureyri ou Egilsstaðir (point d’arrivée du ferry depuis Seyðisfjörður) peut se révéler plus pertinente et économique.
Vérifier l’état des routes avant chaque départ
C’est le réflexe qui distingue un road-trip serein d’un road-trip subi. Le site road.is, tenu par l’administration islandaise des routes, indique en temps réel les tronçons fermés, verglacés ou déconseillés, avec un code couleur simple. Je le consulte systématiquement la veille et le matin même de chaque étape, en complément de Ventusky pour visualiser la trajectoire des systèmes de vent. La plateforme SafeTravel.is permet en outre de signaler son itinéraire du jour, une pratique que les autorités islandaises encouragent pour les zones isolées où le réseau mobile reste capricieux.
Dans mon carnet, une note de 2022 résume ce réflexe : sur la Route 1, la météo change par paliers, alors que sur une piste secondaire elle bascule sans prévenir. Rester sur l’axe principal ne dispense pas de consulter road.is, mais s’en écarter sans l’avoir fait relève de l’improvisation pure.
Budget et saisonnalité : ce qui fait vraiment varier le prix
La haute saison, de juin à août, concentre la demande et les tarifs les plus élevés, mais c’est aussi la seule période où les F-roads des Hautes Terres sont ouvertes, généralement de fin juin à septembre selon l’enneigement résiduel. Réserver plusieurs mois à l’avance reste le levier le plus efficace pour limiter la facture, les loueurs islandais ajustant leurs prix à la demande bien plus vite qu’en Europe continentale. L’hiver, la conduite reste possible sur la Route 1 dans sa partie sud, mais elle exige une expérience réelle de la neige et du verglas : les journées raccourcissent, et certains tronçons du nord et de l’est ferment sans préavis pour plusieurs jours. Un voyageur venant de Suisse romande, habitué aux cols alpins mais pas aux routes côtières exposées au vent, gagnera à limiter son hiver islandais au triangle Reykjavik-Vík-cercle d’or plutôt qu’à viser un tour complet de l’île. Faut-il vraiment boucler l’île en une fois, ou vaut-il mieux se donner le temps d’une seule région bien comprise ?