La première fois que j’ai bifurqué hors de la vallée du Rhône, à la hauteur de Sierre, je cherchais surtout un endroit tranquille pour quelques jours de marche. Je n’avais pas mesuré que la route allait se diviser plus haut en deux mondes distincts : d’un côté le Val de Moiry, de l’autre la vallée de Zinal, fermée par la Grande Couronne. Depuis, j’y suis retourné à plusieurs reprises, carnet en poche, et c’est cette bifurcation géographique qui structure encore ma lecture du Val d’Anniviers.
Une vallée latérale qui se divise en deux
Le Val d’Anniviers s’ouvre depuis Sierre, point de bascule entre la plaine du Rhône et l’univers vertical des Alpes valaisannes. On y accède par une route qui grimpe en lacets serrés, rien d’exceptionnel pour qui connaît les cols romands, mais la montée suffit à faire sentir le changement d’air. Dans sa partie supérieure, la vallée se scinde en deux directions bien distinctes : à l’ouest, le Val de Moiry, plus minéral, débouchant sur son barrage et ses lacs de montagne ; à l’est, la vallée de Zinal, qui remonte vers les plus hauts sommets du secteur. Cette fourche explique pourquoi deux villages aussi proches que Grimentz et Zinal ont des ambiances si différentes.
La Grande Couronne, toile de fond permanente
Ce qui frappe en remontant la vallée de Zinal, c’est cette chaîne qu’on appelle localement la Grande Couronne, qui referme l’horizon comme un mur dentelé. J’ai noté dans un de mes carnets, lors d’un passage en fin d’après-midi, comment la lumière rasante dessinait chaque arête avec une précision presque gênante. On comprend vite pourquoi cette vallée a attiré des générations d’alpinistes plutôt que de simples promeneurs.
Les villages, chacun avec son caractère propre
Six noms reviennent systématiquement quand on évoque le Val d’Anniviers : Grimentz, Zinal, Chandolin, Saint-Luc, Vissoie et Vercorin. Aucun ne ressemble vraiment à l’autre, ce qui rend la vallée intéressante à parcourir sur plusieurs jours plutôt qu’en une seule halte.
Grimentz et Zinal, le versant alpiniste
Grimentz conserve ce type de maisons en bois brunies par le soleil qu’on retrouve dans tout le Valais, mais qui, ici, forment des ruelles entières quasiment intactes. Zinal, un peu plus haut, joue un rôle différent : c’est le point de départ vers des sommets qui dépassent les 4000 mètres, dans un secteur où la montagne redevient sérieuse. On n’y vient pas pour la même raison qu’à Grimentz, l’un se savoure en flânant, l’autre se regarde surtout depuis le bas, à moins de s’être préparé en conséquence.
Chandolin et Saint-Luc, le promontoire
Chandolin culmine aux alentours de 2000 mètres et revendique le statut de village habité à l’année parmi les plus hauts d’Europe. J’y ai fait une pause un début d’automne, et le silence qui règne une fois les derniers promeneurs redescendus donne une idée assez juste de ce que devait être la vie alpestre avant le tourisme. Saint-Luc, juste en contrebas, complète ce versant avec son propre observatoire, signe que la pureté du ciel nocturne n’est pas qu’un argument dans ce coin de vallée.
Vissoie et Vercorin, l’entrée et la bascule
Vissoie fait office de centre administratif de la vallée, moins spectaculaire mais utile comme point de repère. Vercorin, lui, se rejoint par une route différente et regarde plutôt vers la plaine. Contrairement à ce que l’on pourrait croire en consultant une carte rapide, il ne se visite pas dans la foulée des autres villages sans un détour conséquent.
Ce que la vallée propose selon la saison
Anniviers ne se résume pas à une saison unique, et c’est justement ce qui m’y a fait revenir à des moments très différents de l’année.
L’automne et ses forêts
C’est la saison qui met le mieux en valeur les mélèzes, dont le jaune doré contraste avec la roche grise des sommets. Les sentiers sont moins fréquentés qu’en plein été, et les points de vue sur la Grande Couronne gagnent en netteté avec l’air plus sec.
L’hiver et les domaines skiables
Les stations de la vallée fonctionnent en réseau plutôt qu’isolément, ce qui permet de varier les versants skiés sur un même séjour. L’ambiance reste moins internationale que dans certaines stations voisines plus connues, un point qui compte pour qui cherche une neige sans l’agitation qui va parfois avec.
L’été, entre randonnée et alpage
C’est la période où l’agriculture de montagne redevient visible : troupeaux qui montent à l’alpage, fromageries d’alpage ouvertes, sentiers qui serpentent entre les mayens. On y perçoit encore l’économie alpestre comme un système vivant, pas comme une reconstitution pour visiteurs.
Patrimoine, traditions et un détour par l’engrenage du temps
Les granges, greniers à céréales et moulins à grains disséminés dans la vallée racontent une histoire d’ingéniosité paysanne plus que de folklore. Chaque village conserve au moins une chapelle ou une église dont l’art religieux mérite qu’on s’y arrête, même sans connaissance préalable du sujet.
En observant d’anciens moulins à grains le long d’un torrent, je repensais à ce mécanisme simple qui transformait l’énergie de l’eau en force motrice : une roue entraîne un engrenage, et cet engrenage distribue le mouvement jusqu’à la meule. Cette mécanique rustique dit assez bien la vallée elle-même : chaque village, chaque activité saisonnière, chaque tradition s’articule avec les autres comme les dents d’un même rouage, sans qu’aucune pièce ne fonctionne isolée. Les combats de vaches, par exemple, ne sont pas un simple spectacle : ils prolongent une logique de sélection du troupeau héritée directement de cette économie alpestre dont les moulins témoignent aussi.
Suivre l’agenda et préparer sa venue
La vallée organise tout au long de l’année des manifestations qui méritent d’être consultées avant de fixer ses dates : expositions, concerts, fêtes traditionnelles et événements sportifs rythment le calendrier, parfois sur une seule fin de semaine, parfois sur plusieurs mois. Pour qui vient de Suisse romande, l’accès se fait sans complication via les lignes de cars postaux depuis Sierre, bien desservie par le rail depuis Lausanne ou Genève. Reste une question que je me pose à chaque nouveau passage : combien de ces villages aux ambiances si contrastées peut-on réellement découvrir sans précipitation sur un même séjour ?