Houdan est l’une de ces petites villes de l’Île-de-France que les Parisiens connaissent de nom mais que peu ont visité. En septembre 2019, j’y suis arrêté par hasard — le train avait eu du retard à Montparnasse et j’avais manqué ma correspondance pour Chartres. J’avais trois heures à attendre, et j’ai décidé de sortir de la gare pour explorer le centre-ville.
Ce que j’ai trouvé m’a surpris : un marché médiéval encore actif, une tour de défense du XIIe siècle, et une gastronomie locale — le poulet de Houdan — dont je ne soupçonnais pas l’existence. Cet arrêt forcé est devenu l’un des voyages les plus mémorables de cette décennie.
La gare de Houdan : situation et desserte
Houdan est une commune des Yvelines (département 78), à environ 65 km à l’ouest de Paris, dans la Vallée de la Vaucouleurs. La gare est desservie par la ligne N du Transilien (Paris Montparnasse – Dreux/Granville), l’une des lignes de banlieue à longue distance du réseau parisien.
Données de desserte (2024/2025) :
- Ligne N Transilien depuis Paris Montparnasse
- Durée : 55–70 minutes selon les arrêts intermédiaires
- Fréquence aux heures de pointe : toutes les 30–60 minutes environ
- Tarif : inclus dans la zone Île-de-France si vous avez un forfait Navigo Mois + extension ; sinon billet point à point environ 10–12 euros depuis Paris
La gare elle-même est simple — une halte avec quais, un bâtiment de gare rénové, quelques parkings. Elle se situe à 10 minutes à pied du centre historique en suivant la rue de la Libération.
Houdan : ce que j’y ai découvert
La tour médiévale de Houdan est l’élément architectural le plus remarquable de la ville. Construite au XIIe siècle, probablement vers 1120, cette tour cylindrique de 24 mètres de hauteur avec quatre tourelles d’angle est considérée par les historiens de l’architecture militaire comme l’un des donjons romans les plus accomplis de l’Île-de-France. J’en avais vu une photographie dans un guide des Yvelines datant de 1979, trouvé en brocante à Morges. Voir l’original m’a convaincu que les brocanteurs sont parfois les meilleurs guides de voyage.
Le marché de Houdan a lieu les lundis. C’est un vrai marché de producteurs locaux : légumes, fromages, volailles. Le poulet de Houdan — une race locale reconnue Indication Géographique Protégée — y est vendu directement par des éleveurs du canton. J’en ai acheté un entier, que j’ai ensuite préparé le soir dans le gîte de Dreux où je logeais.
Accès depuis la Suisse romande
Pour rejoindre Houdan depuis Lausanne, le trajet typique est :
- Train Lausanne–Paris Gare de Lyon (TGV) : 3h30, tarifs 50–150 CHF selon la réservation
- Métro Paris Gare de Lyon → Paris Montparnasse : 25–30 minutes
- Transilien N Montparnasse → Houdan : 55–70 minutes
Total Lausanne–Houdan : environ 5h30, coût estimé 60–160 CHF selon la réservation (TGV + billet Transilien).
Le billet TGV se réserve sur le site CFF-SNCF pour les déplacements depuis la Suisse. Le billet Transilien peut s’acheter en gare de Montparnasse.
Qu’est-ce que le poulet de Houdan ?
La race Houdan est une race de volaille française ancienne, connue depuis au moins le XVIIIe siècle. Elle se distingue par une crête en V bifide, une huppe de plumes sur la tête, et cinq doigts par patte — caractéristique génétique rare dans les races gallines. Sa chair est reconnue pour sa finesse et sa fermeté.
La production a fortement décliné au XXe siècle au profit des races industrielles. L’IGP « Poulet de Houdan » protège aujourd’hui ce patrimoine génétique et garantit un mode d’élevage en plein air. La rencontrer en vrai, lors de ce marché de septembre 2019, était une des surprises géographiques les plus inattendues de cette année-là.
Ce que cette halte imprévue m’a appris
La vraie richesse de ce voyage non planifié, c’était de redécouvrir que l’Île-de-France n’est pas que la banlieue parisienne. À 65 km de Paris, la campagne des Yvelines et de l’Eure-et-Loir est encore un espace agricole vivant, avec des villages dont l’histoire n’a rien à envier aux régions touristiques plus médiatisées.
Si vous traversez cette région, je vous conseille d’y consacrer au minimum une demi-journée, idéalement un lundi pour profiter du marché. Ce que j’ai appris là-bas, c’est que les retards de train ont parfois du bon, à condition d’être curieux plutôt que pressé.
L’Île-de-France rurale, géographie méconnue
La gare de Houdan est en Île-de-France, mais dans l’Île-de-France que Paris ignore. Houdan est à 55 kilomètres à l’ouest de Paris, dans le département des Yvelines, aux confins de la région. Ce n’est pas l’Île-de-France des banlieues tentaculaires, des ZAC commerciales et des pavillons en lotissement. C’est l’Île-de-France des grandes plaines céréalières, des villages-rues aux maisons de pierres meulières, des routes nationales qui serpentent entre les champs.
Houdan est connue, dans les cercles gastronomiques, pour son poulet. La poule de Houdan, une race ancienne à cinq doigts et à huppe caractéristique, était au XIXe siècle l’une des volailles les plus réputées de France, approvisionnant le marché parisien de Versailles et les tables bourgeoises de la capitale. Cette spécialité agricole dit quelque chose sur la géographie économique de cette partie de l’Île-de-France : une agriculture intensive tournée vers Paris depuis des siècles, bien avant que l’autoroute A12 ne réduise les distances à l’immédiateté.
La gare de Houdan date de 1856, sur la ligne Paris-Granville. C’est l’une de ces lignes secondaires qui reliaient la région parisienne aux littoraux normands, desservant au passage une série de petites villes agricoles. La ligne est aujourd’hui assurée par des trains Transilien, avec deux à trois allers-retours par jour vers Paris. Pour les habitants de Houdan, c’est un lien vital avec la métropole qui les emploie pour beaucoup.
J’ai passé une après-midi à Houdan, entre la gare et le marché couvert, en regardant les gens vivre. La France rurale péri-urbaine a cette particularité d’être à la fois proche de Paris (une heure de train) et profondément ancrée dans des rythmes qui n’ont rien à voir avec la métropole. Les habitants de Houdan savent qu’ils habitent près de Paris ; ils font attention à ne pas s’y dissoudre. La gare, dans ce contexte, est un lien et une limite à la fois.
Gares de province et géographie des territoires intermédiaires
La gare de Houdan illustre une catégorie géographique que j’appelle les « territoires intermédiaires » : ni banlieue dense, ni campagne profonde, mais ces espaces périurbains où la ville et la ruralité s’articulent encore de façon lisible. On en trouve dans toute la France, et souvent les gares en sont les marqueurs les plus visibles. La gare de Morcenx dans les Landes, que j’ai documentée dans un autre carnet, relève d’une logique différente — une gare de jonction dans une forêt industrielle — mais partage cette même qualité de point d’entrée sur une géographie méconnue.
Ces haltes ferroviaires provinciales m’ont appris une chose que trente ans de voyages en Suisse romande confirmaient déjà : les réseaux ferrés sont les meilleurs guides de la géographie humaine d’un pays. Ils révèlent les hiérarchies économiques, les migrations anciennes, les ambitions industrielles du XIXe siècle. Si cette lecture vous intéresse, je vous recommande aussi l’article sur le drapeau corse, qui aborde d’un autre angle la question de l’identité territoriale — celle d’une île qui a construit son appartenance géographique à travers un symbole plutôt que des infrastructures.