Georgioupolis, le village cretois que les guides oublient

Je suis allé à Georgioupolis par erreur. En 1991, mon épouse et moi cherchions un village de Crète qui ne soit pas encore envahi par les agences de voyages de masse. Un collègue géographe de l’Université de Rethymnon nous avait recommandé ce village sur la côte nord, entre La Canée et Rethymnon. Il avait dit : « Vous y trouverez encore des anciens qui vivent en dehors du tourisme. » Il avait à moitié tort, mais ce qu’on a trouvé valait largement le détour.

Georgioupolis, que les Crétois prononcent approximativement « Yeoryoupolis », est un village côtier de la province de Rethymno qui a connu une transformation touristique rapide dans les années 2000. Mon retour en 2022 m’a permis de mesurer ce changement — et de retrouver, malgré tout, ce qui avait retenu mon attention trente ans plus tôt.

Georgioupolis aujourd’hui : entre tourisme et authenticité

Le village compte aujourd’hui environ 3 000 habitants permanents et peut accueillir dix fois ce nombre en haute saison. La plage principale, une longue bande de sable fin au fond d’une baie arrondie, est l’attraction principale. En juillet-août, il faut s’y lever tôt pour trouver une place libre.

Ce qui distingue encore Georgioupolis de stations plus artificielles comme Hersonissos, c’est la présence d’une vie locale qui existe en dehors du tourisme. L’église Saint-Georges sur la jetée, les cafeneions où les vieux jouent au backgammon le matin, le marché du samedi où les produits viennent encore des villages de l’arrière-pays — ces éléments ne sont pas mis en scène pour les touristes, ils existent simplement.

La lagune de Georgioupolis

Ce qui m’a le plus frappé géographiquement, c’est la lagune du fleuve Almyros à l’ouest du village. Ce petit fleuve côtier, long d’à peine quelques kilomètres, crée une zone humide remarquable avant de se jeter dans la mer. Des tortues caouannes (Caretta caretta) viennent y pondre leurs œufs sur la plage adjacente. En 1991, cette zone n’était pas protégée. En 2022, elle fait partie d’un réseau de sites Natura 2000, avec une signalétique et des restrictions de circulation nocturne en saison de ponte.

Pour un géographe du paysage, cette lagune est une des plus belles démonstrations de la dynamique côtière méditerranéenne : l’apport sédimentaire du fleuve, la dérive littorale, les variations saisonnières du niveau de la nappe phréatique. J’ai passé deux heures à observer ce site en 2022, carnet à la main, avec l’impression que le lieu m’en apprenait plus sur la Crète que n’importe quel site archéologique.

Comment s’y rendre depuis la Suisse romande

Pour atteindre Georgioupolis depuis Yverdon ou Lausanne, les options pratiques sont :

  • Vol direct Genève–Héraklion (EasyJet, Swiss, Helvetic) : 3h15 de vol, tarifs 80–200 CHF en basse saison. Puis location de voiture depuis Héraklion (150 km, environ 2h de route)
  • Vol Genève–La Canée (Chania) : moins de vols directs, mais aéroport plus proche du village (50 km, 45 min)

En août 2022, j’avais pris un vol EasyJet Genève–Héraklion à 145 CHF l’aller simple, réservé six semaines à l’avance. La voiture de location (7 jours, Peugeot 208) m’avait coûté 195 euros via une agence locale — moins cher que les grandes agences internationales.

Que faire et voir à Georgioupolis

Au-delà de la plage :

  • La gorge de Kourtaliótiko (15 km au sud-est) : une des plus belles gorges de Crète, accessible à pied depuis le village de Koxaré. Durée : 2–3 heures
  • Le lac Kournas (6 km au sud) : le seul lac d’eau douce de Crète, entouré de collines et de roseaux. Canots disponibles
  • Le monastère d’Areti (10 km au sud) : monastère actif du XVe siècle dans un paysage de collines d’oliviers

Ce que je retiens de Georgioupolis

Ce que j’ai appris lors de mes deux séjours à Georgioupolis, c’est que les villages côtiers crétois qui ont survécu au tourisme de masse sans perdre leur âme sont rares, mais ils existent. La clé est souvent géographique : une accessibilité suffisante pour attirer les visiteurs, mais pas un site exceptionnel unique (falaises spectaculaires, ruines majeures) qui attire les foules concentrées.

À ma prochaine visite en Crète, j’aimerais explorer l’arrière-pays immédiat de Georgioupolis — les villages de l’Apokoronas, cette région montagneuse peu fréquentée entre le lac Kournas et les Gorges de Samaria. Les carnets de 1991 m’y attendent, et je veux voir ce que trente ans ont changé dans ces hameaux de pierre.

Ce que Georgioupolis m’a appris sur les villages de transit

Georgioupolis est ce que j’appelle un village de transit : un endroit que les voyageurs traversent en allant vers Héraklion ou La Canée, où certains s’arrêtent quelques jours parce que la plage est agréable, mais que peu connaissent dans sa profondeur. C’est précisément pour cette raison que ce type de villages m’intéresse. Ils révèlent une Crète différente de celle des palais minoens et des vieilles villes fortifiées.

La géographie de Georgioupolis est déterminée par le delta de l’Almyros. Cette rivière, qui descend des montagnes de la préfecture de Réthymnon, se jette dans la mer de Crète à cet endroit, créant une petite zone humide inhabituelle sur une île généralement sèche. Le lac Kournas, à trois kilomètres à l’intérieur, est le seul lac d’eau douce de Crète — alimenté par la même nappe phréatique que l’Almyros.

J’ai passé une matinée au bord du lac Kournas, assis sur une barque conduite par un paysan qui avait reconverti une partie de ses terres en location de barques pour touristes. Sous l’eau claire, on distinguait les herbes aquatiques et les tortues qui se déplaçaient lentement. Le village de Kournas, accroché à la colline au-dessus, regardait le lac comme il l’avait toujours fait. C’était un de ces moments où le présent touristique et le passé agricole coexistent dans le même cadre sans se contredire.

En rentrant à Georgioupolis le soir, j’ai traversé des oliveraies que le soleil couchant éclairait de travers. Les oliviers vieux de plusieurs siècles — les Crétois les appellent millénaires, même si l’âge réel est difficile à établir — déformaient leurs troncs dans des spirales qui semblaient vouloir échapper à la verticalité. Ces arbres ont vu passer les Arabes, les Byzantins, les Vénitiens, les Ottomans, les Allemands pendant la guerre. Ils continueront de pousser longtemps après nous. C’est la mesure de temps que la géographie méditerranéenne impose.

Georgioupolis dans un circuit de destinations européennes

Georgioupolis m’a appris que les villages côtiers qui résistent le mieux au tourisme de masse partagent un trait géographique commun : une situation qui offre de l’accessibilité sans exposer un site unique exceptionnel aux foules concentrées. Cette observation s’applique aussi à d’autres destinations que j’ai fréquentées. Ainsi, les Gorges de Vintgar en Slovénie partagent cette tension entre beauté exceptionnelle et gestion des flux — j’y ai observé la même évolution entre 2001 et 2019 qu’entre mes deux séjours crétois.

Pour les voyageurs qui combinent plusieurs destinations méditerranéennes ou européennes, le Prado à Madrid offre une perspective complémentaire : la façon dont une civilisation conserve et expose son patrimoine artistique dit autant sur sa géographie culturelle que ses paysages naturels. Ces deux types de voyages — la gorge slovène et le musée espagnol — enrichissent mutuellement la compréhension de l’Europe comme espace de diversité géographique et culturelle.

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